Pour que nous ayons un avenir

Réflexions sur qui nous sommes et notre avenir.

2006/07/24

Dostoïevski et la "question juive"; Le Journal d'un écrivain, mars 1877








Fiodor Mikhaïlovitch Dostoïevski



Voici un résumé de ces quelques pages que Dostoïevski consacre à la "question juive" dans le numéro de mars 1877 de sa revue Journal d'un écrivain. Le texte original étant si bon, il faut le lire intégralement. Le mieux que j'ai trouvé a été de créer des fichiers JPEG à partir des pages pdf téléchargées du site Galica, accessible au bas de ce message. Les citations sont tirées cependant d'une autre traduction.

Il existe une propagande permanente dans notre société voulant que toute personne de qualité condamne naturellement, et de façon radicale, toute forme d'hostilité contre les juifs, comme étant de l'antisémitisme. Et chacun comprend qu'il n'y a rien de plus bas que l'antisémitisme, bien entendu. Pourtant, si nous faisions la liste complète de tous les grands hommes ayant exprimé un point de vue radicalement négatif envers le soi-disant peuple élu de Dieu, le plus persécuté de tous sur terre, elle serait non seulement très longue, mais elle comprendrait les noms les plus fameux de toute l'histoire.

Dostoïevski est souvent considéré comme le plus grand romancier de tous les temps. Il était aussi très préoccupé par le sort de sa nation au travers sa longue réflexion sur la condition humaine. Il est animé d'un amour de sa patrie.

Et si l'on aime sa patrie, l'on est susceptible de ne pas être aimé par les juifs... et d'être accusés de ne pas les aimer en retour !


I. La "question juive"

Dostoïevski commence par souligner qu'il n'est pas de force à aborder sérieusement la "question juive", mais qu'il réagit à certaines lettres d'israélites qu'il reçut récemment, l'accusant de nourrir la haine envers le juif. Ironique, il note que ces juifs instruits qui affirment que le judaïsme n'est qu'une religion et non pas une nation et qu'eux-mêmes sont affranchis de tous préjugés religieux, se montrent en réalité, les plus chatouilleux à propos des juifs en tant que nation.

L'un d'eux fait valoir que tous les citoyens doivent être jugés égaux du moment où ils s'acquittent de leurs obligations nécessaires à la vie de l'État; cela défini la loi fondamentale de toute vie sociale, selon lui.

Avant de peser le pour et le contre, l'auteur russe note qu'il n'y a pas de peuple s'étant plaint autant que les juifs: "On croirait que ce n'est pas eux qui règnent en Europe, qui dirigent ne serait-ce que les Bourses, et partant la politique, les affaires intérieures, la morale des États."


II. Le pour et le contre

Par exemple; pourquoi les juifs ne peuvent choisir leur lieu de résidence ? se plaignent- ils. Mais 23 millions de russes au temps de l'esclavage ne le pouvaient pas non plus. Bien qu'ils réclament des droits que la majorité elle-même n'a pas, tout en se disant martyrs, ils se sont rués sur le peuple russe après l'émancipation et sont devenus pires que le propriétaire terrien. Dostoïevski insiste sur cette exploitation du petit peuple par la juiverie et fait la mention d'un journal à propos de l'exploitation des noirs par les juifs aux États-Unis après leur affranchissement quelques années avant. "Or, figurez-vous, quand j'ai lu cela, je me suis tout de suite rappelé qu'il y a cinq ans déjà c'est cela même qui m'était venu à l'esprit, à savoir précisément que les nègres étaient maintenant émancipés des planteurs esclavagistes, mais qu'ils les ont déjà pris en mains à leur manière, par le moyen bien connu de leur sempiternel négoce de l'or et en tirant profit de l'inexpérience et des vices de la race qu'ils exploitent."

Autre cas, les Lithuaniens se font vendre des denrées de première nécessité aux prix fixés par l'Israélite. Il fallut créer des banques rurales et des marchés pour qu'ils échappent à cette exploitation et des sociétés de tempérance, pour qu'ils ne soient pas tous empoisonnés à la vodka.

Il suffit de regarder le premier journal venu pour y lire quelque chose sur les juifs, "toujours les mêmes exploits". On dira que tout le monde est agité par la haine et que tout le monde ment. Pourquoi une telle haine alors ? "...il faut bien qu'elle soit née de quelque chose, cette haine, elle a bien tout de même une signification, cette haine universelle, "cela signifie tout de même quelque chose, le : tous!" comme s'écriait un jour Biélinski..."

Il ajoute: "(...) et je sais qu'on va me crier à l'instant que tout cela ne prouve rien, que tout vient de ce que les Israélites sont eux-mêmes opprimés, eux-mêmes misérables, que tout cela n'est que "lutte pour l'existence", que seul un sot peut ne pas s'y reconnaître, et que si les Israélites n'étaient pas eux-mêmes si pauvres, si au contraire ils s'enrichissaient, ils se révéleraient en un clin d'oeil sous l'aspect le plus humain, si bien qu'ils feraient l'admiration du monde." Les Noirs et les Littuaniens dont ils "sucent le sang" (sic) sont pourtant encore plus pauvres et ne se livre pas aux mêmes négoces que les Israélites fait-il remarquer.

L'écrivain a connu le bagne et les travaux forcés pour son engagement réformateur à une époque, il y côtoya le petit peuple au milieu duquel se trouvait quelques juifs. Il souligne la tolérance du russe envers les juifs, qui ne les juge pas lorsqu'ils prient, pourtant bruyamment et "revêtus d'effets spéciaux". Les juifs cependant se tiennent à l'écart, regarde le russe de haut et refuse de manger avec lui. Mais qui se plaint de la haine de l'autre? : le juif! Qu'adviendrait-il alors du peuple russe, demande-t-il, si c'était le contraire, 3 millions de russe au milieu de 80 millions d'Israélite? Auraient-ils les mêmes droits, pourraient-ils prier librement au milieu des juifs, ou seraient-ils esclaves, ou écorchés tout à fait!, ou même carrément exterminés, "...comme ils le faisaient des autres nationalités jadis, dans leur ancienne histoire?"
Il y a de l'hostilité chez les non-juifs, mais selon lui, elle est due au peuple juif lui-même.


III. Un État dans l'État. Quarante siècles d'existence:

Après avoir donné des exemples de l'attitude du peuple russe ordinaire, dépourvu généralement de préjugé, Dostoïevski se demande si les juifs n'ont pas eux plus de préjugés encore, bien qu'ils en accusent précisément la population de souche. Il prend en exemple, justement, les lettres de ces juifs instruits où s'exprime une haine extraordinaire envers le peuple russe.

Il enchaîne avec un raisonnement relevant de la biologie évolutive, en se posant la question, comment purent-ils survivre en diaspora, sinon en ayant constitué un État dans l'État. À l'intérieur de cet État, la ségrégation volontaire est élevée en dogme religieux. Il n'y a qu'une seule nationalité, la juive, les autres n'existent pas. Cette loi juive leur dit : "Retire-toi d'entre les peuples et fais bande à part et sache que tu es désormais le seul peuple de Dieu, les autres extermine-les, ou réduis-les en esclavage, ou exploite-les. Crois en ta victoire sur le monde entier, crois que tout te sera soumis. Aie-les tous en sévère horreur et ne fraie avec aucun dans ta vie quotidienne. Et même quand tu seras dépouillé de ta terre, de ta personnalité politique, même quand tu seras dispersé par toute la surface de la terre et parmi tous les peuples, n'importe, crois à tout ce qui t'a été promis une fois pour toutes, aie foi que cela sera, en attendant continue de vivre, de mépriser, d'être uni et d'exploiter, et patience, patience..."

Les contradicteurs prétendent que c'est la persécution qui engendra l'État dans l'État, le besoin de se préserver, l'instinct de conservation. Dostoïevski n'en croit rien, même sans les persécutions, les juifs, croit-il, tiendraient à leur État dans l'État plus que tout au monde. Il sont plus vigoureux que toute autre civilisation, puisqu'ils ont la plus grande longévité, soutenus par une motivation religieuse, l'avènement du messie. L'État dans l'État sert donc cette idée, en les maintenant dans la ségrégation, munis de leurs propres règles.

C'est ainsi que l'égalisation de leurs droits avec les autres, mène en fait à une situation d'avantage et de surabondance en faveur des juifs, plutôt que d'égalité.

Une autre manière pour les juifs instruits d'amener leur revendication de manière toute rhétorique, est par la comparaison avec les autres allogènes: pourquoi n'ont-ils pas les mêmes droits qu'eux? Le romancier note que les juifs font bonne vie en Russie, un pays sous-développé et que leur présence n'engendre aucune amélioration des conditions de vie de la nation. Au contraire. Il note: "Et au lieu que son influence contribue à relever ce niveau d'instruction, à répandre davantage les connaissances, à éveiller des capacités économiques dans la population de souche, au lieu de cela, partout où s'est installé l'Israélite, il a encore avili et corrompu davantage le peuple, la qualité humaine s'est encore amoindrie, le niveau d'instruction a encore baissé et plus répugnante encore s'est répandue une misère sans issue, inhumaine, et avec elle le désespoir." Car ce qui domine chez lui, selon le témoignage de la population de souche des confins de la Russie: c'est "l'absence de pitié". Il n'y a pas d'équivalent chez les autres populations d'allogènes. Voilà pourquoi les juifs ne doivent pas avoir les mêmes droits que les autres selon lui.

En Europe occidentale, leur influence est loin d'être négligeable, car ils y contrôlent les bourses, les échanges de capitaux et sont maîtres du crédit. Ils n'en sont pas les seuls coupables, note-t-il, mais leur prospérité advient exactement avec le triomphe des nouvelles valeurs. Et ces valeurs, les voilà décrites: "...et ce que réserve l'avenir, les Israélites, eux, le savent: c'est leur règne qui approche, leur règne total ! Voici venir le plein triomphe d'idées devant lesquelles succomberont les sentiments de charité humaine, la soif de vérité et de justice, les sentiments chrétiens, le sens national et jusqu'à la fierté nationale des peuples européens. Voici venir par contre le matérialisme, la soif aveugle et charnelle de sécurité matérielle personnelle, la soif d'accumuler par tous les moyens l'argent pour soi seul (...)" (emphase ajoutée par moi).

On dira qu'il y a des juifs pauvres, qu'ils souffrent eux-aussi. Mais s’ils ont des pauvres, juge-t-il, c'est dû au châtiment porté dans la nature mauvaise de leur mode de vie, qui est de négocier le travail d'autrui. Et ce n'est pas qu'il n'y a pas de bon juif, mais il s'agit plutôt de l'idée du juivisme qu'il s'agit de juger.


IV. Mais vive la fraternité

Dostoïevski se prononce quand même pour le plein élargissement des droits pour les juifs, et ce même s’ils ont déjà plus de moyens d'en jouir. Il y a là de l'ironie, car à la fois il réclame une plus grande compréhension entre les peuples, tout en soulignant qu'il y a plus de haine chez le juif que chez le russe. Ainsi, oui pour la fraternité universelle; mais qu'elle ne soit pas à sens unique.



Pour lire les pages du texte original, il suffit de cliquer leur image en jpg ci-dessous.

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3 Comments:

At 8:43 p.m., Blogger yashuwa said...

Hello,
yashuwa.blogspot.com

 
At 10:59 p.m., Blogger un fou dans un monde de certitude said...

formidable blog, merci pour ces partages de qualité !!!!

 
At 5:47 a.m., Blogger Greg said...

Bonjour, la page 38iu ne marche plus (lien invalide). Merci pour cet article.

 

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